23 janvier 2026 - Journée de l’avocat·e en danger
Institut des droits humains
En 2026, la Journée de l’avocat en danger marquera son 16ᵉ anniversaire. Cette journée de mobilisation collective vise à sensibiliser le public aux risques graves auxquels les avocats sont confrontés du seul fait de l’exercice de leur profession. Chaque année, un pays est mis à l’honneur afin de concentrer l’attention sur des atteintes graves et systémiques à l’indépendance de la profession d’avocat. En 2026, les États-Unis ont été choisis comme pays cible.
Pourquoi les États-Unis ?
Le choix des États-Unis pour la Journée de l’avocat en danger 2026 ne signifie pas que les attaques contre les avocats y soient totalement nouvelles ou uniques. Il reflète plutôt le constat de leur inédite aggravation en 2025. Cette année s’est en effet illustrée par une ampleur inédite et systémique despressions exercées sur les avocats, les cabinets d’avocats, les procureurs, les juges et les organisations professionnelles.
Ce choix rappelle également qu’aucune démocratie n’est à l’abri d’un recul de l’État de droit. Les menaces contre les avocats ne concernent pas uniquement des régimes autoritaires. Elles peuvent apparaître lorsque le pouvoir exécutif cherche à contrôler, intimider ou dissuader celles et ceux qui exercent une fonction critique essentielle à la protection de l’Etat de droit et la préservation contre les abus des différents pouvoirs.
Des mesures de représailles contre les avocats et les cabinets en violation flagrante de l’interdiction de l’assimilation avocat/client
Au début de l’année 2025, plusieurs mémorandums et décrets présidentiels ont ciblé des cabinets d’avocats en raison de l’identité de leurs clients, notamment lorsqu’il s’agissait d’adversaires politiques de l'administration . Ces mesures ont imposé de fortes restrictions à l’exercice de leur activité professionnelle, allant de la suspension de l’accès aux installations fédérales au retrait des habilitations de sécurité de certains avocats, en passant par le réexamen de contrats conclus avec le gouvernement fédéral.
Bien que certaines des ordonnances de l’exécutif aient été jugées inconstitutionnelles par les tribunaux fédéraux, l'administration a fait appel de ces décisions et l’issue de ces contentieux innombrables parait lointaine, sans compter les possibilités le risque de voir l’exécutif refuser d’exécuter les décisions donnant raison aux cabinets d’avocats.
Les membres du Congrès ont par ailleurs exprimé leur indignation face à ces accords, soulevant la possibilité d'enquêtes, d'audiences et de citations à comparaître mais là encore les procédures sont longues et ne compenseront pas les dommages déjà causés à la profession.
Surveillance et harcèlement
Parallèlement aux mesures visibles et très médiatisées des « executives orders » , des formes de pression plus diffuses se sont développées. Des avocats ont été interrogés aux frontières sur leurs activités professionnelles. Des demandes d’accès à leurs appareils électroniques ont été formulées. Des organisations d’avocats ont reçu des demandes d’informations portant sur leur travail de soutien juridique à des manifestations pacifiques.
Ces pratiques ont touché des avocats travaillant dans les domaines de l’immigration, de la défense de journalistes, des droits des personnes LGBTI+, ou encore de la solidarité avec la Palestine. Elles portent atteinte au secret professionnel et créent un climat de surveillance incompatible avec l’exercice indépendant de la profession
Une justice de plus en plus politisée
L’année 2025 a également été marquée par une politisation accrue du Department of Justice et par des tensions avec la magistrature fédérale. Des procureurs ont été révoqués ou contraints à la démission après avoir refusé d’adopter des positions conformes aux attentes politiques de l’exécutif. Des mécanismes internes de contrôle éthique ont été affaiblis. Des juges ont fait l’objet de menaces disciplinaires pour avoir rappelé que l’exécutif doit respecter les décisions judiciaires. Ces évolutions fragilisent l’indépendance du ministère public et de la justice, et affectent directement le travail des avocats qui doivent pouvoir compter sur des institutions indépendantes et impartiales.
Un effet dissuasif sur l’accès à la justice
L’ensemble de ces pressions a un effet dissuasif réel. De nombreux avocats et cabinets renoncent à certains dossiers par crainte de sanctions administratives, de pertes de contrats, de campagnes de dénigrement ou de procédures disciplinaires. Les domaines les plus touchés sont ceux qui concernent les personnes et les groupes les plus vulnérables : migrants, personnes poursuivies pénalement, minorités, défenseurs des droits humains. Lorsque les avocats se retirent ou s’autocensurent, l’accès effectif à la justice est affaibli. Ce sont alors les droits fondamentaux de nombreuses personnes qui sont en jeu.
Rejoignez-nous le 23 janvier 2026 pour un mouvement de solidarité
Le 23 janvier 2026, nous nous rassemblons pour affirmer que les avocats doivent pouvoir exercer leur mission sans intimidation, sans représailles et sans être identifiés aux causes qu’ils défendent.
Nous nous rassemblons également pour exprimer notre solidarité avec les avocats, les magistrats et les organisations professionnelles aux États-Unis confrontés à ces pressions, et pour rappeler aux États leurs obligations internationales en matière de respect de l’État de droit. Sans avocats libres et indépendants, il n’y a pas de justice effective.
Nous vous invitons à nous rejoindre le 23 janvier 2026 à 13h devant l’ambassade des États-Unis. Votre présence compte.